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Il n'y aura pas de prochaine fois.

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« Qui ça, moi? »      Hubert de Vimy voit un instant passer entre les piles de bacs bleus et les poutres du plafond de la cave le regard noir de sa femme. Il soupire.         - Oui, toi aussi, chérie.        - Comment ça, « aussi »? Ne me dis pas que tu lui as accordé un entretien?       Cette fois, la tête entière de Diane apparaît dans la demi lueur. Hubert recule d’un pas. Il savait que ça se passerait mal.        - Espèce d’idiot! Je pensais qu’il était clair qu’on ne parlerait pas aux journalistes, enfin, Hub! Tu veux nous mettre dans le pétrin ou quoi?       Hubert de Vimy ferme à demi les yeux avec la résignation de celui qui voudrait ralentir le rythme tout en sachant que le tsunami arrive.        - Tu sautes toujours aux conclusions.        - Non, pas du tout, c’est toi qui viens de me le dire. Puh!    ...

Putain de dinde

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       « Isabelle-Elizabeth-Marie De Vimmy. C’est comme ça que s’appelle la putain de dinde. 28 ans, célibataire, un enfant, un mètre soixante-huit, corpulence moyenne… Yeux bleus, cheveux châtains… Vue pour la dernière fois près du domicile familial, sur Spitt Road dans la baie d’Aylmertree, le 19 janvier de cette année ».       Le lieutenant Geoff Pearson est roux, grassouillet et chatouillant la cinquantaine.       Il jette le dossier sur le pupitre devant Maurice Orage avec le détachement du sergent qui en a vu d’autres, et qui le laisse savoir.       « Bonne chance », lâche-t-il sans conviction.       L’atmosphère s’est soudain épaissie dans le petit bureau encombré du département de police local. Il y a là, en plus des deux interlocuteurs, le constable Shamus Lesterbie, planté dans un coin et mal dans son uniforme, ainsi qu’une stagiaire qui se cache à moitié derrière l’écran de ...

Aylmertree

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       Imaginez un peu une petite bourgade.       Pleine de raffinement, bordée de jardins fleuris sertis de rues proprettes. Des villas tu-dors, obèses et à moitié enfoncées dans le feuillage, somnolent entre des saules pleureurs satisfaits. Chaque véhicule, dûment matriculé et triplement assuré, circule à une vitesse de conduite moyenne mesurable en mètres et plus lente que celle d’une bicyclette. Marcheur, il vous suffit de ralentir imperceptiblement le pas devant un passage piéton pour que toute circulation s’interrompt incontinent. Au volant, personne ne colle au cul de personne. L’usage du klaxon n’est réservé qu’aux mariages, aux défilés militaires et aux marathons qui traversent la ville deux fois l’an, balisés d’agents aux casques astiqués.       Vous prolongez votre marche. Des allées d’arbres s’échappent dans la brume. Des roses s’épanouissent sur la dentelle des clôtures, des arbrisseaux vous parlent d’élégances oub...

Toujours vivant!

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     L’aube timide se fait sentir. Un fouillis d’au moins mille oisillons piaillant comme des malades ont été s’entasser dans le même arbre, malencontreusement situé juste en dessous de sa fenêtre laissée entrouverte. Orage remue péniblement. Il ne se souvient pas comment il a regagné son lit la veille mais remarque qu'il a toujours son paletot serré en travers des épaules et qu'il a un poignet ankylosé.      Mais où est-il déjà et par quel mauvais sort du diable?       Ah, oui. Elizabethville.       Dehors, le délire aviaire atteint son comble. On dirait que toute la gent plumée de l’île a snifé de la coke puis s’est donné rendez-vous sous sa fenêtre.       « Non, mais c’est-tu possible d’être encore plus bruyant? » beugle-t-il.       Ignorant son sarcasme, et comme pour bien souligner qu’ici, on est en terre « idyllique », gazouillante et sanitaire, les oiseaux s’éclatent d...

Douces vendanges

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Quand, la dernière fois qu’elle a été vue, cette pétasse de Melanie Hall a déclaré aux autres fêtards qu’elle partait se mettre un petit quelque chose dans l’estomac, elle ne savait pas si bien dire. Il ne faut jamais prendre à la légère les souhaits qu’on fait comme ça tout haut. Je le sais, parce que moi-même, par exemple, je répète tout le temps qu’il n’y a rien de tel que quelqu’un qui vous tienne les pieds chauds. Hé bien, cette nuit-là, sur la promenade déserte, nos désirs respectifs ont chacun trouvé preneur. La vie est quand même bien faite. Il faut lui faire plus souvent confiance, à la vie, au lieu de se tracasser constamment comme des imbéciles. On se fait un sang d’encre au sujet de tout et de rien, alors que l’univers est là, qui assure vos arrières, qui raccorde les bouts de fils orphelins magiquement et tout naturellement dans une infaillible harmonie cosmique… C’est à ça que je pensais, un peu plus tard, en fermant les paupières de délice, sous le vieux pont. Melan...

Du bon côté de la clôture

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1 6 :36. 6 :36. 6 :36. 6 :36. 6 :36. 6 :37. 6 :37. 6 :37. 6 :37…  Le cadran clignote et verse dans la pénombre son pouls lumineux, baignant avec chaque battement le rideau et une partie des draps de sa lueur rougeâtre aux chiffres mensongers ; À Irkoutsk ou à Erbil, peut-être, il est l’heure indiquée, et on doit s’affairer joyeusement à préparer un souper. Sauf qu’ici on en est loin : ici, la nuit traverse un creux, et Maurice Orage, un mauvais quart d’heure, à fixer le plafond. Il lance un oreiller vers l’objet qui tombe entre la table de nuit et le mur. La chambre et son décor générique est replongée dans l’obscurité. Il ferme les yeux dans l’espoir de tirer au silence quelques maigres heures de sommeil. Soudain, comme pour lui donner tort, un cri monte de dehors. Il se frotte le visage en soupirant. L’air marin s’engouffre dans la pièce dès qu’il ouvre la fenêtre. Tout en bas, derrière le feuillage, quelqu’un est là, qui occupe la parcelle de trottoir visible entre les branches,...

Au goût de sel et de sang

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     Aussitôt qu’il ouvre la porte, une brise ronde et marine vient se presser contre sa joue, le tirant par en avant, l’invitant doucement à mettre un pied devant l’autre. Maurice Orage s’engage dans une rue absolument déserte, qui s'enfile dans une autre, aussi déserte que la première. 22 heures à peine, mais il pourrait aussi très bien être 2 heures du matin, ce serait pareil. Cèdres taillés, jardinets, allées privées garnies de coupés de luxe : tout roupille dans la pénombre.       Elizabethville, tu as le sourire coupable d’une petite fille prise la main dans le sac qui feint l’innocence. Mais tu caches un gros méchant secret. Et je finirai bien par le découvrir.       Les hauts arbres tordus, ces fameux Chênes d’Aylmer qui font la réputation de la petite baie éponyme, oscillent en craquant au-dessus de sa tête. Dans l'ombre, leurs branches noueuses deviennent des doigts arthritiques suppliants s'allongeant vers lui. Il disting...